La Sculpture du vivant

Mis à jour : janv. 22



Impermanence...


Contemplation sur l'impermanence à travers la danse cellulaire qui se joue au cœur de nos corps...

Contemplation qui contribue à me libérer des contractions, des tensions intérieures, de la course vers les objets ; pressentiment de l'Essence qui nous compose...

Que ces lignes nous offre un peu de détente, une suspension, un soupir, et épuise, l'espace d'un instant au moins, nos conflits intérieurs.




"La mort et l’éternel retour


Que ta puissance ô Mort est grande et admirable ! […]

Ce qui fut se refait ; tout coule comme une eau,

Et rien dessous le Ciel ne se voit de nouveau ;

Mais la forme se change en une autre nouvelle

Et ce changement-là, Vivre, au monde s’appelle,

Et mourir quand la forme en une autre s’en va.

Ronsard, Hymne de la mort




Le sentiment que nous avons de la pérennité de notre corps correspond pour une grande part à une illusion. Nous sommes une mosaïque d’organes et de tissus dont certains s’autodétruisent et se renouvellent en permanence pendant que d’autres persistent en nous. Notre peau, qui nous donnent sans cesse les mêmes sensations, la peau de l’être aimé, que nous regardons, caressons, sont, chaque jour, différentes, renouvelées. Des régions entières de notre corps, à chaque instant, disparaissent, renaissent et se recomposent. Il y a près de trois mille ans, Héraclite, pour exprimer l’irréversibilité du passage du temps, disait qu’on ne peut pas entrer deux fois dans le même fleuve. Nous sommes nous-mêmes, chacun, un fleuve.

À l’âge adulte, nous sommes constitués de plusieurs dizaines de milliers de milliards de cellules, réparties en plus d’une centaine de familles différentes, formant plusieurs dizaines d’organes et de tissus. Chaque jour, probablement plus de cent milliards de nos cellules se dédoublent, en moyenne plusieurs millions à chaque seconde. Chaque jour, probablement, plus de cent milliards de nos cellules s’autodétruisent – plusieurs millions par seconde. Elles fragmentent leur corps et leur noyau, effaçant la bibliothèque de leurs gènes, et disparaissent, englouties par les cellules environnantes. Leur mort, discrète, rapide, inapparente, ne cause aucune lésion.[…]".


Extrait de La Sculpture du vivant, Jean Claude Ameisen, Ed. du Seuil, 2003



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